samedi 27 février 2010

Le tram-train : le développement durable au service des longs trajets

Article paru dans la revue Urban Essence, printemps 2007, pp. 16-17. 

Tram en mode train hors agglomération

Permettre aux habitants des zones rurales périurbaines des grandes agglomérations de gagner le centre pour se rendre au travail, en empruntant le même véhicule, est-ce possible ? En transport individuel, la voiture le permet depuis longtemps et a d’ailleurs été le moteur de la périurbanisation. Mais en transport collectif ? C’est aujourd’hui possible et cette petite «révolution»  qui nous vient d’Allemagne et plus précisément de Karlsruhe connaît plus de difficulté de mise en œuvre en France.
                                           
Le tram-train est un mode de transport collectif hybride entre le train desservant les campagnes périurbaines et le tramway du centre de l’agglomération. Le principe est simple : faire circuler le même véhicule sur deux réseaux différents, sur les voies du train et sur celles du tramway, et cela grâce à un court raccordement qui lui permet de passer d’un réseau à l’autre, ce qui le rend peu coûteux en infrastructure. Ce système est très  novateur dans la meure où il est un recours à l’intermodalité en supprimant les ruptures de charge. Les voyageurs n’ont plus à descendre du train, effectuer le détour par la gare et se rendre ensuite à l’arrêt de tramway le plus proche. Mais bien plus qu’une réponse à l’intermodalité, ce mode de transport a pour but d’inciter les périurbains à laisser leur voiture personnelle au garage en leur donnant pour la première fois la possibilité d’effectuer la totalité du trajet (même si l’accès au train en zone périurbaine se fait quand même en voiture) d’une seule traite à bord du même véhicule de transport collectif. Rajouté à cela la fréquence élevée et une tarification attractive, toutes les conditions sont réunis pour faire préférer au voyageur ce mode de transport novateur tant sur le plan technique  –  le véhicule a le même écartement de rails que le train et peut utiliser alternativement l’électricité de la ville et du réseau ferroviaire, qui n’ont pas le même voltage – que sur le fait de commencer à dissocier motorisation et périurbanisation. Car si la voiture a permis l’étalement urbain, elle n’est pas condamnée  à assurer éternellement les migrations pendulaires de ses habitants.

Le tram-train s’inscrit donc pleinement dans les politiques actuelles de développement durable, notamment en permettant de lutter contre un des effets pervers de la périurbanisation. Car si l’urbanisation d’anciennes zones agricoles a de fâcheuses conséquences environnementales, il en est de même pour l’émission des gaz à effet de serre émis par le flux de voitures permettant d’effectuer les navettes domicile-travail des périurbains et le tram-train substitue à cela un transport écologique car fonctionnant à l’électricité et de plus, empruntant des voies ferrées déjà préexistantes.

Tram en mode tramway en milieu urbain

Le tram-train est né en Allemagne, à Karlsruhe, troisième plus grande ville du Land Bade-wurtemberg, en 1989. Avec aujourd’hui 9 lignes de tram-train sur l’ensemble du réseau et 550 km de voies, le succès est effectif, d’autant que les objectifs de réduction du trafic automobile sont atteints. Ainsi, sur la ligne Karlsruhe-Bretten, 40% des passagers du tram-train faisaient auparavant le trajet en voiture. Le réseau du tram-train de Karlsruhe est désormais l’un des réseaux ferrés les plus vastes d’Allemagne et englobe même d’autres villes importantes de la région comme Baden-Baden ou Pforzheim.

Mais alors que le modèle fait des émules dans d’autres villes allemandes, qu’en est-il en France ?  En cours de mise en place à Mulhouse, à l’étude à Strasbourg, Nantes, Lyon et à la réunion, le tram-train ne semble pas séduire L’Hexagone. Mais la France, de part l’organisation territoriale de ses aires urbaines, n’en a peut-être pas les moyens. Un tel projet ferroviaire nécessite des densités périurbaines importantes et des centres urbains qui structurent le milieu rural, notamment le long de lignes de chemin de fer. Hors on sait qu’en France l’automobile ayant été le moteur de la périurbanisation, elle a permis à celle-ci de se développer sans tenir compte des voies de chemin de fer et la mise en place généralisée d’un tel système de transport serait difficilement rentable. Mais n’est-il pas du ressort des pouvoirs publics de tout faire pour promouvoir des modes de déplacements durables, car si des initiatives tels les parcs relais sont de bonnes avancées, le tram-train permet de laisser sa voiture non pas au parking…mais au garage ?

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire