Article paru dans la Revue Urban Essence, hiver 2008, p.p 29 à 31.
Le titre ne renvoie pas à une quelconque stratégie du Modem pour voir se rallier les écologistes mais bien à une petite révolution qui touche aujourd’hui la capitale : la réalisation de deux jardins dans l’un des quartiers les moins pourvu en espaces verts.
Le Marais. Un des quartiers les plus denses de Paris, situé en son centre et doté de tout le charme que lui confèrent ses petites rues étroites, ses beaux hôtels particuliers du 17e siècle et ses échoppes évoquant la carte postale. Le Marais, un nom si bucolique, si naturel, pour un quartier où la couleur verte se retrouve plus dans les urnes que dans les rues, densité et sauvegarde patrimoniale obligent. La solution pour offrir aux habitants du quartier et aux nombreux touristes des espaces verts au milieu de ces pierres et pavés inamovibles : investir les cœurs d’îlot et reconvertir des jardins jusque là inaccessibles au public. Le jardin des rosiers et le jardin Anne Frank sont ainsi précurseurs dans la reconquête verte de Paris par la requalification d’espaces privés, la friche et le terrain vague n’étant plus les seuls fournisseurs de réserves à espaces verts.
Des jardins à découvrir
Dans le 4e arrondissement, le jardin des Rosiers, en plus d’occuper l’ancien jardin de l’ Hôtel de Coulanges, est totalement enclavé et se dévoile à qui le mérite. Noyé dans la foule, en plein été rue des Francs Bourgeois, vous passerez certainement à côté. En flâneur attentif, l’œil vif et le pas léger, vous rentrerez dans le hall de
Au jardin des rosiers, la famille canard attend les touts petits
A cinq minutes à pied, le jardin Anne Frank, dans le 3e arrondissement, a quant à lui réinvesti le jardin de l’Hôtel de Saint-Aignan, au fond d’une impasse pleine de charme. Contrairement au premier, ce jardin a été conçu en maîtrise d’œuvre externe, sous l’égide de J.F. Lagneau, architecte en chef des monuments historiques, une des parcelles de l’actuel jardin étant classée au titre des monuments historiques et comprenant un mur de l’enceinte de Philippe Auguste, qui fut réhabilitée pour l’occasion. L’ Hôtel de Saint-Aignan étant devenu le musée d’art et d’histoire du Judaïsme, ce jardin hérite d’une symbolique très forte en étant baptisé du nom de l’auteur du fameux journal et par la plantation en son sein d’un greffon naturel de son propre marronnier, importé des Pays-Bas. A deux pas du centre Georges Pompidou, le jardin Anne Frank est le second havre de paix dans le marais et l’on peut voir dans les pavés enherbés du jardin la métaphore d’un quartier qui se donne à la nature, à moins que ce ne soit l’inverse…
L’Hôtel de Saint-Aignan, un écrin de luxe pour le jardin Anne Frank
Des jardins modèles
S’inscrivant dans la lignée des jardins créés sousla mandature Delanoë , qui avait fait de la réalisation de 30 hectares d’espaces verts une de ses priorités, les jardins Anne Frank et des Rosiers sont à eux deux une sorte d’échantillon du jardin parisien type de ce début de siècle en regroupant les principaux concepts en vogue actuellement : le jardin partagé, le jardin naturel et le développement durable. A l’origine, le jardin partagé est une parcelle en friche, souvent dans l’attente d’un futur aménagement et que la ville met à la disposition d’associations locales qui la cultivent en y faisant pousser fruits et légumes, plantes et fleurs. Le concept a tellement séduit que le jardin partagé s’affranchit des friches pour coloniser la majorité des nouveaux jardins publics parisiens, comme à Anne Frank où l’on peut apprécier en fond de jardin un rectangle de terre richement planté, bien entretenu et bien aménagé par une association de quartier. Ces parcelles de jardins partagés sont novatrices dans le sens où elles transforment les riverains en acteurs de la réalisation d’une partie de leur jardin de proximité et s’inscrivent ainsi dans le même processus que la démocratie participative en associant les habitants à toutes les phases d’un projet urbain : de la conception jusqu’à la gestion. Le concept de jardin naturel, quant à lui, répond aux aspirations à un retour à une nature moins domestiquée, moins stricte, plus sauvage, éloignée des haies uniformes et régulières d’arbustes et des pelouses tondues au millimètre. Désormais, la disposition aléatoire des arbustes, vivaces et graminées, la plantation de végétaux dans l’esprit d’une friche naturelle avec un entretien moins scrupuleux laissant une végétation spontanée s’installer, ou encore la gestion différenciée des pelouses comme au jardin Anne Frank où cohabitent prairie fleurie et gazon tondu envahissent les nouvelles réalisations dans l’objectif de remplacer petit à petit une nature trop longtemps urbaine en une nature plus "naturelle" , du moins en apparence.
S’inscrivant dans la lignée des jardins créés sous
Enfin, le jardin Anne Frank s’inscrit dans une démarche prononcée de développement durable avec un réseau de drainage sous la pelouse récupérant les eaux pluviales, la pelouse elle-même a été semée et non plaquée et le revêtement de l’aire de jeux est réalisé en mulch, amas de copeaux de bois normalisés. Tout cela est louable et va dans le bon sens mais rien ne fait plus de tort à l’écologie que l’intégrisme écologique. Ainsi, l’Adjoint au Maire chargé des Espaces Verts, Monsieur Contassot pour ne pas le nommer, va jusqu’à refuser que le mulch soit peint en vert - ce qui aurait conserver l’unité de la pelouse dans laquelle s’insère l’aire de jeux – afin de conserver l’aspect naturel du bois, au détriment de l’esthétisme paysager. Bien entendu, cela relève du détail mais est très révélateur d’un jusqu’auboutisme qui tend à la caricature d’idées défendues pourtant très honorables.
Des jardins… campagnards
Mars 2008 approche et l’inauguration des deux jardins à un mois d’intervalle (juin et juillet), de surcroît en présence du Maire de Paris, ne sont pas anodines dans un quartier qui constitue un repère pour des bobs qui ont participé en grande partie à la constitution de
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